600 milles en double sur un J111

Vendredi 4 novembre s’est achevé à la Seyne sur Mer le convoyage depuis Malte d’un J111, Fastwave, qui venait de participer à la Middle Sea Race, une course magnifique dont le parcours fait le tour de la Sicile et de ses îles satellites.  J’étais en terrain de connaissance, pour avoir réalisé voici cinq ans pour Voiles et Voiliers l’essai et les images du premier modèle vendu en France (à consulter, aussi, le blog foisonnant réalisé par le propriétaire de Le Jouet). Ce bateau élancé de 11 m est un pur J Boat, carène étroite, spi asymétrique de dimensions plus que généreuses sur un long bout-dehors, grande barre à roue, conçu comme un véritable racer, il ne fait pas de grandes concessions au confort. Bas de franc-bord, tendance humide dans la mer formée, mais une merveille d’équilibre à la barre, une glisse remarquable dans les petits airs, et une capacité à lâcher les chevaux dès que cela souffle et que l’on commence à ouvrir les voiles.

Au large de Marsala (Sicile), le patron à la barre. Fin de journée, un ris, short et manches courtes. La Méditerranée en fin de saison réserve comme cela quelques petits moments de grâce.

Il s’agissait de retrouvailles à plus d’un titre, puisque le capitaine aux côtés duquel j’embarquais en qualité de second est un complice. J’avais rencontré Patrick Paris lors d’un stage de survie ISAF auquel je participais en vue de ma première Transquadra, avant de l’embarquer comme équipier lors d’un reportage sur et autour de l’île d’Oléron à bord du Tricat 25 de Voiles et Voiliers. Depuis nous n’avions jamais retrouvé l’occasion de reprendre la mer ensemble, même si nous échangeons très régulièrement sur nos projets et nos embarquements. Nous étions promis de faire équipe dès que possible, et voilà qu’il lui fallait un coup de main pour ramener à son port d’attache Fastwave, qui dispute la plupart des classiques du circuit de course méditerranéen, et dont il est le convoyeur attitré.

Même façon de naviguer, même approche du métier, beaucoup d’atomes crochus et une vision commune de bien des choses de la vie : nos 600 milles se sont déroulés comme un charme, et il y avait de surcroît le plaisir de convoyer de conserve avec le J133 Jivaro, qui rentrait lui aussi pour son hivernage au chantier Esprit Sud à La Seyne.

Un BMS (Bulletin météo spécial) nous attendait pour l’atterrissage en Corse, c’est là qu’il fallait opérer des choix, nos amis de Jivaro optant pour le passage par l’archipel de Maddalena et les Bouches de Bonifacio et une escale à Ajaccio le temps du coup de vent, tandis que de notre côté nous choisissions les eaux abritées de la côte orientale et un stop à Bastia, en quête d’un petit restaurant que j’ai découvert en août dernier – hélas fermé en cette saison – et d’un ami, propriétaire d’un Grand Soleil 42, qui lui était bien au rendez-vous.

Pour éviter la panne de gasoil nous avons dû ravitailler le lendemain à Porquerolles, à une poignée de milles du but : 90 minutes de coupure hors du temps, pour un petit café et deux courses à la boulangerie de la place d’Armes, à une heure où l’île s’ébroue en l’attente des premières navettes touristiques du jour. Il y a comme cela en convoyage des moments magiques, qui nous rappellent que si notre métier est fait de servitudes, il est aussi source de petits et grands plaisirs, dont on ne se lasse pas.