2500 milles sur un Nautitech Open 40

De La Rochelle jusqu’en Adriatique, c’était un convoyage long, technique et exigeant. Si quelques tronçons du parcours, comme la traversée du golfe de Gascogne, sont du domaine de la navigation hauturière, l’essentiel s’effectue dans des eaux très fréquentées (ah, les flotilles de pêches et leurs innombrables filets), et à proximité de côtes escarpées propices aux effets de site bien marqués.
Ce catamaran battant pavillon allemand, un Nautitech Open 40 flambant neuf, s’est révélé une agréable surprise, aussi bien par son comportement à la mer que par ses performances sous voiles. Raideur de la structure, qui ne m’a jamais donné l’impression de se tortiller dans la mer formée, centre de gravité raisonnablement bas, position très logique des barres à l’arrière des coques, entrée d’eaux relativement fines mais surcroît de volume limitant la tendance à l’enfournement grâce aux redans des coques, l’ensemble est cohérent et séduisant; nous avons pu ainsi nous offrir quelques jolies moyennes et pointes de vitesse sans stress, sans perdre de vue qu’en convoyage – et à plus forte raison en équipage réduit – il faut savoir en permanence en garder sous la pédale.
Le choix d’un gennaker sur emmagasineur comme voile de portant s’est par ailleurs avéré très pertinent : la voile est suffisamment vaste pour assurer un surcroit de puissance bien agréable, tout en restant très facile à manoeuvrer et de surface suffisamment raisonnable pour ne pas se laisser surprendre lorsque le vent monte. Demeure le point faible, quasi-inhérent à ce type de voiliers : les angles de remontée au près. Si en croisière le mieux est encore de viser des destinations vers lesquelles on se laisse porter, en convoyage il faut accepter de consommer du gasoil sous peine de tirer des bords carrés.
Aux escales imposées par la météo se sont ajoutés les stops pour changement d’équipier, le troisième homme ne pouvant jamais rester très longtemps. Il ne s’agissait évidemment pas de refuser au propriétaire le plaisir de faire se succéder à bord ses amis, mais si c’était à refaire je privilégierais le choix d’un équipier permanent sur toute la durée du trajet. Ces rendez-vous imposés par les réservations d’avion ne sont pas toujours simples à gérer, et parfois contradictoires avec les exigences météo du moment. Nous avons d’ailleurs fini à deux, depuis la Sardaigne jusqu’en Adriatique. De ce beau voyage resteront (au-delà des relations humaines très riches) les souvenirs des falaises sauvages au Portugal, du détroit de Gibraltar par 35 noeuds de vent (dans le nez !), de la vieille ville d’Ibiza hors saison, d’une plongée à couper le souffle dans les eaux transparentes dans la réserve sarde du cap Carbonara, ainsi que de quelques bonnes tables : de Cascais à Brindisi, cela ne manque pas d’endroits où l’on sait cuisiner et produire de bons vins.

Pour la petite histoire, j’ai assuré cette navigation « à l’ancienne », avec sextant et compas de relèvement, de façon à valider la partie pratique de mon brevet Ocean Yachtmaster, et à présenter l’examen à mon retour en France. Je suis plutôt de ceux qui pensent que c’est un peu couper les cheveux en quatre, que le GPS est fiable en toutes circonstances, et que pour parer à l’éventualité d’une panne de ressources électriques il suffit d’embarquer un récepteur de secours à piles. Il n’empêche que j’ai trouvé ce jeu très plaisant et gratifiant, aussi bien pour l’esthétique de cette image dans la lorgnette (le reflet de l’astre que l’on pose sur l’horizon) que pour la satisfaction de se positionner avec une marge d’erreur minimale sans autre assistance que celle d’éphémérides et de tables de calcul.

Dans la houle de l’Atlantique.
Balade à Ibiza.
Un « cadeau » dans l’hélice tribord.